La commission européenne pour « l’indépendance » de la Bretagne ?

Oui les choses évoluent aussi à Bruxelles. Ainsi au détour d’une enquête sur les conditions d’appel d’offre pour la centrale électrique de Landivisiau, la Commission européenne se prononcerait pour une spécificité tarifaire qui revient à admettre que la Bretagne puisse décider de sa politique énergétique de façon autonome sinon indépendante. Il est toujours intéressant de voir comment les fées se penchent sur les besoins d’indépendance des Bretons surtout quand c’est aligné avec l’intérêt de lobbies conforté par des interventions maladroites d’associations environnementalistes. Méfions nous des bonnes âmes qui veulent notre bonheur, car en général ce n’est pas le nôtre qui les intéresse mais d’abord le leur, surtout dans le domaine de l’énergie.
La Bretagne est déjà indépendante dans le domaine de l’alimentation, elle produit pratiquement tout ce dont l’homme moderne a besoin pour sa nutrition. Elle en produirait même tellement qu’elle en produirait de trop. Qu’un pays de l’autre bout du monde ou de la proche Europe modifie sa politique (Embargo Russe, surproduction en Australie ou Nouvelle Zélande) et tout se détraque. La preuve avec les crises successives dans le monde agricole qui ne sont mêmes plus des crises tant le problème est structurel au niveau européen et mondial.
Supposons que nous parvenions à l’autosuffisance électrique en conjuguant, les solutions de production par, le solaire direct, le vent, les courants marins, le biogaz, le stockage sous diverses formes, serions-nous plus « indépendants » ? La réponse est dans une autre question : la France est-elle indépendante dans ce domaine ? : La réponse est NON puisque l’essentiel de l’électricité étant d’origine nucléaire, elle dépend d’approvisionnements extérieurs en uranium ! Pour les donneurs de leçons ceci devrait être clair. Le problème serait évidemment le même pour une production d’électricité à partir des ressources fossiles mais ce n’est pas tellement de mode en ce moment. Donc l’opposition faite entre une Bretagne dépendante des approvisionnements électriques extérieurs et d’une France qui ne le serait pas est une jolie manipulation mentale.
Ajoutons à cela qu’il est bien gentil de vouloir une Bretagne « autonome » en production électrique, bien que souhaitable mais en quoi cela est suffisant si l’on n’est pas souverain dans les autres domaines (éducation, langues officielles dans l’administration, choix de partenaires étrangers, politique d’accueil, etc ... ) ?
Il faudrait qu’à un moment donné on évite de nous narguer sur notre non indépendance dans quelques domaines particuliers et dans le même temps refuser la dévolution des pouvoirs politiques aux Bretons qui devraient leur permettre de décider souverainement avec quels partenaires ils choisiraient de partager leurs complémentarités. Comme aurait dit Jean-Guy Talamoni, la France est un pays ami et il n’y aurait aucune raison de ne pas s’entendre avec elle sur des échanges profitables à tous.
Maintenant que le décor est planté, revenons à la commission Européenne. Elle intervient à propos de l’appel d’offre pour la construction et l’exploitation de la centrale à gaz de Landivisiau. Tout d’abord elle ne semble pas convaincue que la technologie de cycle combiné à gaz (CCG) soit la seule qui puisse être retenue. On notera que cette commission s’empresse de ne pas nous dire quelle est l’autre technologie disponible à ce jour, sans contraintes environnementales, paysagères, ne rencontrant aucune opposition. Secundo: Il ne serait pas prouvé, selon la Commission, que la sécurité d’approvisionnement soit menacée si on se réfère à 2012 qui fut un hiver particulièrement rigoureux, parait-il ! Votre serviteur qui écrit ces lignes n’est pas un opposant à la construction de cette centrale ni plus un lobbyiste des producteurs d’énergie fossiles. Faudrait-il selon cette Commission attendre qu’un black-out de la Bretagne survienne pour prouver la nécessité de l’ouvrage ? Le problème n’est pas d’observer des chiffres quand l’équilibre entre production et consommation est quasiment réalisé. La sécurité d’un réseau électrique n’est correctement assurée que si les possibilités de production sont au plus près des points de consommations. Il y a aussi des lois de la physique électrotechnique qu’on ne va pas développer ici, mais dont chacun imagine volontiers de façon intuitive que se trouver à proximité des sources est plus sécurisant que d’en être éloigné à des centaines de kilomètres.
Nous savons tous que le Finistère et le Centre Ouest Bretagne souhaitent combler le déséquilibre économique entre une région rennaise en forte croissance économique, démographique et un « Far-West breton » stagnant voire régressant. Si l’on veut garantir une sécurité d’alimentation de l’ouest breton, une centrale au gaz est tout à fait adaptée notamment en raison de la capacité des turbines à monter rapidement en régime pour fournir leur maximum de puissance à la demande. Sur le plan écologique, ce type de centrale doit être prévu pour fonctionner avec un apport conséquent de biogaz limitant d’autant les apports de gaz d’origine fossile.
Là ou la commission intervient sur un problème spécifiquement breton, c’est quand elle regrette la politique de zone tarifaire unique sur l’hexagone. Suivez bien le raisonnement selon des propos rapportés par le Télégramme de Brest : « si la France n'avait pas mis une zone tarifaire unique sur son territoire, il y aurait un marché breton de l'électricité avec des prix locaux appropriés qui augmenteraient dans des régions telles que la Bretagne et qui attireraient, du coup, les investisseurs »
Il s’agit d’une proposition de détacher tarifairement la Bretagne de l’hexagone (voilà pour l’indépendance), on a connu ça aussi avec la SNCF et ses tarifs plus élevés aux Bretons pour cause d’éloignement de Paris. La commission ne précise pas quels seraient les investisseurs potentiels. Jusque là vous pensiez que moins l’énergie est chère plus c’est favorable à l’installation des entreprises. Nous supposons que le busines intéressé serait celui qui serait installé pour capter l’argent des Bretons et par nécessairement pour créer des emplois.
Merci quand même à la commission d’y penser. Etrangement les opposants au projet actuel n’y trouvent rien à redire, c’est normal, ce sont eux qui ont demandé cette enquête sur les conditions de l’appel d’offre.
Alors tarifs plus élevés pour « punir » spécifiquement les Bretons contre subventions publiques tel est le débat actuel au sein du collectif GASPARE à l’origine de l’enquête et de la Commission européenne. On sait très bien que ce n’est pas parce que les Bretons paieraient plus cher leur électricité que leurs impôts augmenteraient moins vite puisque dans ce jeu de dupes, ils n’ont aucune dévolution des pouvoirs centraux en matière de fiscalité. Cependant le commentaire émis par la Commission appelle une autre question à laquelle les membres n’ont pas vraiment réfléchi. Indiquer que le prix de l’électricité aurait vocation à augmenter dans des régions comme la Bretagne sous entendu que le prix serait au bon niveau ailleurs suggère que le prix du kWh est correct dans les régions équipées en centrales nucléaires. Ceci sous entendrait que dans ce tarif de référence a été inclus, le coût des déconstructions futures des centrales nucléaires. Nous aurions aimé le croire mais quand nous observons les difficultés à mener à terme la déconstruction de Brennilis il est permis d’en douter.
Autre remarque, quelles sont les critères définissant une « région » et son taux de participation à la production d’énergie électrique pour être éligible à un tarif de référence. En fait il n’y a pas de référence. Il n’aura échappé non plus à personne qu’il existe une Bretagne administrative sans la centrale électrique de Cordemais sur son sol et une Bretagne historique ayant cette centrale et dont la première tranche fut couplée au réseau avant même que les circonscriptions d’action régionale furent érigées en « Etablissements publics régionaux ». On notera qu’à ce stade de décentralisation en 1972 ces entité n’avaient pas encore le statut de collectivités locale. A partir donc de quel niveau de collectivité on calcule l’autonomie d’un territoire (commune, communauté de commune, département, région). Quid des tarifs de l’électricité dans un futur grand Paris qui à notre connaissance fait partie des collectivités largement déficitaires dans ce type de production. Pourquoi « punir la Bretagne et pas Paris ?
Beaucoup de questions pour les nuls que nous sommes. Il y a des territoires en Bretagne comme le Mené qui tendent vers l’autonomie énergétique, les habitants de ce territoire sont-ils éligibles selon cette commission à un tarif plus bas de l’électricité et à contrario ceux du nord Finistère payeront-ils plus cher si le collectif GASPARE réussit à faire échouer le projet de construction de la centrale de Landivisiau ? Dilemme ! La réponse est dans la question : Nous avons évoqué l’exceptionnelle abondance de la production agro-alimentaire bretonne, à contrario les Parisiens, les Lyonnais, les Marseillais, etc … qui ne produisent rien pour leur alimentation, sont-ils particulièrement « punis » sur le marché pour leur dépendance alimentaire ?
R Allain