Les combattants d’Ai’ta ! « Désobéir pour la langue bretonne », chez Yorann Embanner

« Désobéir pour la langue bretonne », Les combattants d’Ai’ta !
Ce livre abondamment et remarquablement illustré est le récit de dix ans de luttes, 2005-2015, du collectif Ai’ta ! pour obliger les autorités nationales et locales à utiliser le breton dans la signalétique publique, aussi bien sur les voies de circulation publiques que dans les bâtiments publics, mairies, gares, bureaux de Poste, etc. Il faut admirer le courage de ces jeunes qui malgré leur petit nombre ont pu mener tant d’actions et obtenir, malgré la modestie de leurs moyens, de si beaux succès. Face à un état, à des pouvoirs locaux, à des services publics trop souvent sourds et aveugles, les filles et les garçons d’Ai’ta ! ont mis en oeuvre leur mot d’ordre,
«Désobéir pour la langue bretonne !»
Leur analyse de la situation du breton dans les cinq départements bretons est simple, il ne reste que 200.000 bretonnants dans ces cinq départements, dans une génération il n’y aura plus de Bretons dont la langue vernaculaire est le breton, les seuls bretonnants seront essentiellement les néo-bretonnants formés dans les écoles Diwan et dans l’enseignement bilingue des établissements publics et libres.
Voilà le résultat de cent cinquante ans d’efforts continus du pouvoir central pour éradiquer de ce pays toutes les langues vernaculaires, dont certaines comme le breton sont bien antérieures au français.
La raison en est simple tolérer dans ce pays, des langues et des cultures différentes de celles qui sont imposées par le pouvoir parisien seraient une menace pour l’unité et l’indivisibilité de l’état-nation ce qui, incidemment, en confirme l’illégitimité.
Donc, les cultures dites provinciales ont été longtemps méprisées, avant d’être autorisées pour leur intérêt « touristique », quant aux langues dites régionales, rabaissées à l’état de patois, ordre a été donné à l’éducation nationale et à tous les pouvoirs dépendant de l’état de les exclure totalement du champ public et de les cantonner aux échanges familiaux, avant de les voir disparaitre.
C’est ce qui explique la résolution des patriotes d’Ai’ta ! de choisir de résister à cette agression du pouvoir contre notre langue, par la désobéissance. En effet et nous le savons tous une langue, quelle qu’elle soit, c’est la vision du Monde, de l’Univers d’un peuple, donc une dimension irremplaçable de la vision globale de l’humanité, toute langue, même la plus obscure contribue à la richesse culturelle de tous les hommes unis dans ce domaine, comme dans tant d’autres.
C’est pourquoi une langue indigène au sens strict du terme est une dimension absolument essentielle de la conscience d’un peuple, conscience dans le sens latin de «connaissance commune», en fait un élément majeur de ce qui structure la conscience de soi des membres d’une collectivité.
C’est écrire que la volonté d’éradiquer une langue vernaculaire procède d’une vision, il faut bien écrire totalitaire de la société. C’est pourquoi il faut saluer le combat d’Ai’ta ! dont les membres ont répondu à la violence d’état souvent par l’humour ou par des actions ciblées, comme le démontage de panneaux indicateurs monolingues, actions dont les résultats sont visibles par tous.
De nombreux succès ont accompagné ces actions, comme le bilinguisme de la poste de Carhaix, mais elles ont aussi conduit à une prise de conscience populaire de ce qu’est réellement la place de la langue bretonne dans notre société, de son importance pour notre peuple et de ce qui fait qu’elle est aujourd’hui menacée de disparition.
L’ouvrage se termine par des recommandations importantes pour assurer, d’abord la poursuite de ce combat, ensuite, la survie de notre langue et, enfin, par un appel à la méditation sur notre langue, sur ce qu’elle est vraiment, sur la place qui doit être la sienne dans notre société et, aussi sur son avenir.
Ai’ta ! evit ma vevo ar brezhoneg !
Jean Cévaër
Yorann Embanner, 128 pages, 18 €