Légitimité et illégitimité des états-nations. Seconde partie: Des capétiens à la restauration

Légitimité et illégitimité des états-nations. Seconde partie: Des capétiens à la restauration
Les Capétiens
Les descendants des Carolingiens, Lothaire et son fils Louis V avaient brillamment redressé le royaume, mais Hugues le Capet aidé par l’évêque de Reims Adalbéron fit écarter l’héritier légitime, Charles de Lorraine de la succession dynastique et se fit proclamer roi à Senlis en 987, face à Charles proclamé lui roi à Laon, il ne possédait qu’un petit domaine en Ile de France. Mais la trahison d’un autre évêque, celui de Laon, Adalbéron, qui livra Charles au Capet qui le fit emprisonner et sans doute assassiner, fut la cause première de l’arrivée au pouvoir, par l’usurpation et le crime, de la dynastie des Capétiens avec l’aide d’une partie de la hiérarchie épiscopale, qui se déshonora ainsi.
Au début du Xème siècle les invasions des Nortmanni s’étaient multipliées en Bretagne, dans le Val de Loire et le long de la Seine, de la Manche à Paris. Finalement Charles le Simple résoudra le problè- me des Nortmanni en 911, en donnant à leur chef Rollon converti au christianisme, le territoire qui deviendra la Normandie et aussi sa propre fille en mariage. Côté Breton, Alain Barbe Torte devenu Duc de Bretagne en 937 débarrassera ses terres de la présence des Nortmanni par sa victoire de Trans la Forêt en 939. Donc, durant la première moitié du Xème siècle les successions et les rivalités royales se sont multipliées en Francie Occidentale dont les rois convoitaient la Lotharingie et se heurtaient à la dynastie des Ottoniens qui, au-delà du Rhin cherchaient à rétablir l’empire carolingien, ce que devait réussir partiellement Othon Ier le Grand, fondateur de ce qui deviendra le Saint-Empire Romain Germanique.
Ainsi, face aux Carolingiens, les Robertiens avaient fini par contrôler la Neustrie et à compter de la fin du IXème siècle ils devinrent la famille dominante de la Francie Occidentale, Charles de Lorraine, l’hériter légitime des Carolingiens, emprisonné à Orléans avec ses fils, y mourra et l’usurpateur robertien, Hugues dit le Capet contrôlera alors totalement le pouvoir avec l’appui de la majorité des évêques et des grands de Neustrie, mais il devra faire face à l’opposition de la papauté et à celle de l’héritier dynastique de Charlemagne, Othon III, ce qui présagera de beaucoup d’affrontements futurs.
Même si l’usurpateur Hugues dit le Capet n’a que des possessions personnelles limitées à l’Ile de France et à l’orléanais, la dynastie qu’il fondera, les Capétiens règnera sur ce qui deviendra la France du XIIème au XIXème siècle, pour le meilleur, rarement et surtout pour le pire. Faut-il souligner que cette usurpation, qui ne sera pas la dernière au cours des siècles, entache non seulement la légitimité de la dynastie capétienne, mais aussi celle de l’état qu’elle aura fondé.
Pourtant et de façon étonnante même les républicains loueront, « ces rois qui ont fait la France ».
Très vite les Capétiens se heurtèrent aux ambitions d’une autre famille issue elle aussi d’Anjou, les Plantagenêt et aussi à la puissance des Ottoniens héritiers de l’empire franc, dont les premiers capé- tiens voulurent s’affranchir, ouvrant ainsi la voie à tant de rivalités et de conflits à venir.
Capet élu roi de Francie Occidentale par les Grands accepta que son titre ne fut pas héréditaire, mais à peine élu, autre trahison, il associa son fils Robert à la couronne, ce fils qui lui succédera donc.
C’est en 1180 avec l’accession au pouvoir royal de Philippe II Auguste que son domaine prendra pour la première fois le nom de royaume de France. Ce roi s’illustra surtout par ses unions successives qui lui valurent l’excommunication papale, il ne fut pas le premier des Capétiens à subir les foudres de la Sainte l’Eglise, qui pourtant avait tant contribué aux succès de la dynastie.
La Francie Occidentalis des premiers Capétiens est une construction politique sans réelles racines ethniques ou historiques et le domaine proprement royal, comme indiqué, comprend essentiellement l’actuelle Ile de France et l’Orléanais. Un roi qui est, de plus, confronté à la rivalité et au bon vouloir des grands féodaux d’Aquitaine, d’Anjou, de Bourgogne, des Flandres ou de Normandie.
C’est à cette époque que s’impose la division de la société en classes, ceux qui combattent, ceux qui prient et ceux qui travaillent, des classes qui deviendront les ordres, de la noblesse, du clergé et du tiers-état, avec les déplorables conséquences que nous savons, dont les choquantes inégalités sociales que cette division devait engendrer et qui furent la cause de tant de révoltes et d’une révolution.
Guillaume le Conquérant.
En septembre 1066, Guillaume le Bâtard, duc de Normandie, devenu Guillaume le Conquérant défait Harold roi d’Angleterre à Hastings et inaugure une rivalité séculaire entre les royaumes d’Angleterre et de France. Il faut noter que des seigneurs bretons se joignirent à Guillaume et furent récompensés par des fiefs anglais, comme l’Honneur de Richmond. Pendant ce temps et durant plus d’un siècle les premiers Capétiens tentent d’agrandir leur domaine et se heurtent aux ambitions des grands féodaux, comme Guillaume de Normandie ou les Plantagenêt.
Les Plantagenêt.
Le fondateur de la dynastie fut Geoffroy V le Bel, dit Plantagenêt, comte d’Anjou et du Maine et époux de Mathilde fille du roi d’Angleterre, il s’emparera de la Normandie, quant à son fils Henri il séduisit l’épouse du roi capétien Louis VII, la belle mais volage Eléonore de Guyenne, dite Aliénor d’Aquitaine, qu’il épousera en 1152, avant de devenir en 1154, roi d’Angleterre. En 1166, par le mari- age de son fils Geoffroy avec Constance de Bretagne, Henri II Plantagenêt règnera sur un territoire s’étendant des Pyrénées à la rivière Tweed, comprenant l’Angleterre, la Normandie, la Bretagne, le Maine, l’Anjou, le Poitou et l’Aquitaine, donc plus étendu que ne le sera ce qui deviendra donc le royaume de France, en 1180, quand Philippe II Auguste accèdera au pouvoir royal et que son royaume prendra pour la première fois ce nom.
Le royaume de France.
Philippe II fut vraiment le fondateur de ce royaume, un prince retors, un fourbe qui trahit tous ses alliés et ne s’imposa face aux Plantagenêt que grâce aux divisions des fils de Henri II et quand après la mort au combat de Richard Cœur de Lion, ce fut l’impopulaire Jean Sans Terre, assassin du légitime héritier, son neveu Arthur de Bretagne, qui triompha, la voie était libre de ce côté pour Philippe. Mais il eut affaire à forte partie quand il se mêla de la succession impériale et dû affronter l’empereur Othon IV allié au comte de Flandre, seule lui sauva la mise une victoire, gagnée de peu, à Bouvines en 1214, aussitôt acclamée comme un glorieux fait d’armes par les hagiographes royaux.
Par contre le scandale des démêlés conjugaux de Philippe amena le pape Innocent III à frapper d’inter- dit le royaume de France, mis au ban de l’Eglise, un royaume qui pourtant sera proclamé trois siècles plus tard, « Fille aînée de l’Eglise ».
C’est peut être pour retrouver la faveur papale que les successeurs de Philippe II, Louis VII et Louis VIII s’illustreront de 1209 à 1229 dans la croisade contre les Albigeois, qu’il faudrait plutôt nommer le massacre des Albigeois, dont certaines des atrocités, comme la tuerie de Marmande resteront pendant des siècles dans la mémoire populaire du Sud-Ouest. Louis IX, dit Saint Louis, se heurta lui aussi à la puissance des grands féodaux avant de trouver la gloire et finalement la mort au cours de plusieurs Croisades. Son petit fils, Philippe IV dit le Bel, fut l’incarnation de tous les vices de la dynastie capétienne. Il s’illustra par d’innombrables crimes et coups de force, dont la spoliation et l’assassinat des Chevaliers du Temple sont les plus connus. Faut-il ajouter qu’il fut un faux monnayeur et qu’il frôla l’excommunication. Par ailleurs la légitimité de la dynastie capétienne, donc la sienne fut mise en cause à cette époque, car les Robertiens, devenus les Capétiens, contrairement aux Pippinides devenus les Carolingiens, ne reçurent jamais la sanction du Saint Siège. Ce sont les légistes du roi qui soutinrent sa légitimité et, pour assurer que dans le royaume de France les successions seraient réglées par la masculinité perpétuelle, ressuscitèrent la Loi Salique, qu’ils accommodèrent pour les besoins de la cause. Le premier exemple en fut donné quand Philippe de Poitiers devint Philippe V en 1316 au détriment de la légitime héritière, Jeanne de France, la fille de Louis X. Or, la fille de Philippe IV, Isabelle de France avait épousé Edouard II, roi d’Angleterre, ce qui fit que sauf à invoquer la loi Salique, le légitime héritier de trône de France à la mort de Philippe V en 1328, n’était pas celui qui devint Philippe VI mais bien Edouard III d’Angleterre le fils d’Isabelle. En résultera la catastrophique Guerre de Cent Ans. Un nouveau marqueur de l’illégitimité de la dynastie.
La Loi Salique.
Puisqu’il est ici fait référence à cette loi qui joua un rôle important dans les successions dynastiques des Capétiens et fut l’une des causes de leur illégitimité il est important de l’évoquer. C’est un recueil de coutumes des Francs Saliens, sans doute compilé d’abord sous le règne de Clovis, puis amendé sous celui de Charlemagne, il contient essentiellement des règles concernant les procédures légales, les tarifs de certaines d’entre elles et des règles de droit privé. Ainsi le titre « de alodis » exclut les femmes de la succession à la terre des ancêtres (terra salica) car, en se mariant les épouses quittent leur famille. Ce titre ne concernait que les successions privées et non les successions dynastiques et pourtant il fut directement ou indirectement invoqué dès le XIVème siècle et encore au XVIème siècle lors de la succession de Henri II, en 1593, quand Henri de Navarre devint roi sous le nom d’Henri IV, au détriment d’Isabelle de France, ajoutant à l’illégitimité dynastique, l’illégitimité personnelle.
L’Eglise gallicane.
C’est en 1438 avec la Pragmatique Sanction de Bourges que la papauté concéda à la royauté française un certain contrôle des institutions ecclésiales, ce fut le début du gallicanisme que devait renforcer le Concordat de 1516 qui fit de la France la « fille aînée de l’Eglise » et institua le partage des richesses de l’Eglise gallicane entre la papauté et le pouvoir royal, avec la création des abbés commendataires issus des grandes familles, comme l’étaient les évêques et les hauts dignitaires ecclésiastiques, avec tous les abus qui en résultèrent et qui salirent l’image de l’Eglise gallicane. Ce fut pendant le règne de Louis XIV, que l’Eglise gallicane après la révocation de l’édit de Nantes eut la haute main sur les règles de vie imposées à la société civile, mais pas à la Cour, avec pour résultat une fracture majeure entre l’institution religieuse et la bourgeoisie qu’exprimèrent les Lumières et que ne corrigea que partiellement le Concordat de 1801.
Le Traité de Troyes.
Cette succession de rois, dont certains furent qualifiés de « rois maudits » et toutes les traverses que connu leur royaume l’amenèrent à ce qui semblait être un déclin fatal au début du XVème siècle quand Charles VI, dit le Fou devint roi. Mineur à la mort de son père, Charles VI, fut marié à l’ambitieuse Isabeau de Bavière et dû faire face à plusieurs révoltes y compris des Parisiens, le royaume de France se divisa en deux factions rivales, Armagnacs et Bourguignons, les Anglais remportèrent la désastreuse bataille d’Azincourt, mais le roi avait sombré dans la folie, ce qui amena Isabeau de Bavière et Philippe le Bon de Bourgogne, à faire signer par le roi, en 1420, le traité de Troyes, qui instituait le roi d’Angleterre Henry V, époux de Catherine de Valois, la fille de Charles VI, comme légitime héritier du trône de France, l’héritier putatif le futur charles VII étant d’ailleurs considéré comme un bâtard. Henry V d’Angleterre mourut en 1422, peu de temps avant Charles VI de France et son fils Henry VI ne fut jamais vraiment roi de France. Cependant il faut noter que de 1420 au Traité d’Amiens en 1802, les rois d’Angleterre portèrent aussi le titre de rois de France, ce qui donne quand même à penser.
Jeanne d’Arc.
Ce fut une parfaite inconnue, une « petite bergère », Jeanne d’Arc, née en 1412 à Domrémy en Lorraine, un duché qui ne devint français qu’au XVIIIème siècle, qui vint au secours de Charles VII, lors d’une épopée devenue légendaire. Jeanne d’Arc ayant entendu « des voix venues du ciel » décide de sauver le royaume de France. Grâce à l’aide d’un seigneur local, alors qu’elle a à peine 17 ans, elle rencontre à Chinon en mars 1429, le petit roi de Bourges, qui la fait chef des armées royales, en mai elle délivre Orléans, en juillet elle emmène Charles à Reims pour y recevoir l’onction royale, elle rem- porte plusieurs victoires, subit des défaites avant de tomber en 1430 dans les mains des Bourguignons, qui la vendent aux Anglais, elle sera jugée à Rouen par un tribunal ecclésiastique, condamnée d’abord à la prison, elle fut condamnée à mort comme relapse et exécutée en 1431, mais, si son procès est bien documenté, les circonstances de son exécution sont entourées d’un certain mystère. Ainsi, il semble étrange que son obligé, Charles VII n’ait rien fait pour la sauver, sauf à ouvrir une enquête après la prise de Rouen en 1450, ou que la tentative de son ami Gilles de Rais pour la délivrer n’eut pas de suite. Jeanne d’Arc fut réhabilitée en 1456, mais il fallu attendre plus de quatre siècles pour qu’elle soit déclarée vénérable en 1894, bienheureuse en 1909 et canonisée en 1920, faut-il ajouter que la république laïque, la déclara « Sainte de la patrie » en 1922. Ainsi naissent les légendes.
S’agissant de la guerre de Cent Ans qui se termina avec la conquête de la Guyenne après la capitulation de Bordeaux en 1453, il est dû à la vérité d’écrire que ce sont les grands féodaux qui assurèrent la victoire de Charles VII, tels Gille de Rais ou Arthur de Richemont, qui fut le troisième Breton après Du Guesclin et Clisson à être nommé connétable de France, sans oublier les actions décisives de Fran- çois Ier de Bretagne, ennemi juré du roi d’Angleterre Henry VI, ami de Gilles, frère du duc, un duc qui fit emprisonner et sans doute assassiner son propre frère, un crime impardonnable.
Les mariages d’Anne de Bretagne.
Anne de Bretagne, fille de François II, après la mort de son père en septembre1488, fut couronnée duchesse de Bretagne en février 1489. Aidés par la trahison de nobles bretons les Français avaient défait les Bretons en juillet 1488 à Saint-Aubin du Cormier et envahi une grande partie de la Bretagne. Mais les Autrichiens, les Anglais, les Espagnols s’étaient unis pour préserver la souveraineté du duché. De fait la jeune duchesse épousa par procuration Maximilien d’Autriche en décembre 1490, avec l’accord des Etats de Bretagne, mais Charles VIII qui avait pris Nantes grâce à la trahison de d’Albret, mit le siège devant Rennes, s’empara de la duchesse et la força à l‘épouser en décembre 1491, après que le mariage d’Anne et de Maximilien et celui de Charles et de la fille de Maximilien furent annulés par le pape Innocent VIII, marquant ainsi une autre intervention de l’Eglise dans les affaires françaises.
Le roi de France meurt accidentellement en avril 1498 et c’est son successeur qui doit épouser Anne, mais Louis d’Orléans-Valois, le futur Louis XII est déjà marié à Jeanne de France, le pape Alexandre VI Borgia joue alors le même détestable rôle que son prédécesseur et annule ce mariage pour que Louis puisse épouser Anne en janvier 1499. Le contrat de mariage entre Anne et Louis XII de France, garantissait l’autonomie du duché au sein du royaume de France et instituait son second enfant mâle ou, à défaut ses filles dans l’ordre de primogéniture, héritiers du duché.
Mais Louis XII contre la volonté d’Anne devait marier Claude, sa fille ainée et légitime héritière du duché à François d’Angoulême, qui deviendra François Ier, un roi parmi les plus moralement corrompus du royaume, qui pourtant en compta tant. Il faut souligner que c’est le principe de « masculinité » qui a joué à la mort de Charles VIII et de Louis XII, obligeant à s’interroger sur la légitimité de ces successions qui pesèrent tant sur l’avenir du duché de Bretagne.
Il y eut ensuite la réunion des Etats de Bretagne en août 1532, où le roi malgré ses pressions et l’achat de certains délégués, n’obtint que la reconnaissance de son fils François comme duc de Bretagne.
Mais le roi en tire la conclusion que le duché souhaite s’unir au royaume de France, et il impose aux Bretons les édits de Nantes, d’août 1532 et celui du Plessis-Macé de septembre 1532. Ces deux édits garantissent au sein de cette union, les droits, les privilèges, les franchises et les libertés fiscales, judiciaires et ecclésiastiques des Bretons, libertés qui furent donc garanties par le droit breton et le droit français. De cette date à 1789, la Bretagne, malgré de nombreuses atteintes à ce contrat par les rois de France, restera une province d’états, réputée étrangère.
Il fallu attendre la désastreuse nuit du 4 août 1789 pour qu’une poignée d’élus bretons du Tiers Etat abandonne au profit de l’état français, toutes les garanties des édits d’union de 1532, scandaleusement considérées comme des « privilèges ».
Les Etats de Bretagne qui eussent dû approuver cet abandon des libertés bretonnes ne furent jamais réunis et, depuis 1790, aucune loi d’application en Bretagne n’a été enregistrée par le Parlement de Bretagne, or il est un principe établi que quand une condition n’est pas tenue dans un acte, la loi romaine prononce la nullité de l’acte, ce qui est un principe absolu du droit français. Donc, légalement toutes les décisions de l’état français appliquées en Bretagne depuis cette date devraient être considérées comme nulles et non avenues.
Henri IV.
Si un roi fut à l’évidence illégitime, ce fut bien Henri de Navarre, un Bourbon Vendôme, d’une ascendance fort lointaine le rattachant à Louis IX. C’est dans le contexte des guerres de religion qui ensanglantèrent ce pays de 1562 à 1598, que Henri III, qui avait succédé à ses frères Henri II et Charles IX, à la mort de son frère cadet, le duc d’Anjou, choisit Henri de Navarre pour lui succéder.
La légitime héritière du trône de France était Isabelle, petite fille de Henri II par sa mère, mais le parlement de Paris invoqua la loi Salique pour l’écarter, un autre héritier légitime était Charles cardinal de Bourbon et oncle du Navarrais, écarté lui aussi, finalement le dernier successeur légitime aurait dû être le fils de Charles III de Lorraine et de Claude de France, une autre fille de Henri II.
Il faut souligner que Henri III, qui fit assassiner le duc de Guise et son frère le Cardinal de Guise, n’était pas particulièrement recommandable, les débordements de sa vie privée furent tels qu’ils marquèrent l’esprit de plusieurs génération. Quant au Navarrais, après avoir abjuré une première fois le calvinisme, s’étant rétracté, il devait abjurer une seconde fois pour obtenir le trône de France.
Faut-il ajouter que c’est sous règne qu’émergea le concept de monarchie absolue. L’absolutisme royal, n’alla pas sans susciter maintes révoltes, bien entendu au sein de la noblesse, qui voulait sa part du pouvoir ou pour défendre ses privilèges et surtout au sein du peuple, comme les jacqueries récurrentes ou, en Bretagne en 1675, la tristement célèbre révolte des Bonnets Rouges dite aussi du Papier timbré, suscitée par le poids des taxes imposées à la Bretagne par Colbert le concussionnaire et l’auteur du Code Noir, cette révolte bretonne fut réprimée de façon atroce par le fer et le feu, ce qui aurait déshonoré la royauté capétienne, si cela eut été encore nécessaire.
La « grande » révolution.
En 1789 il est clair que les abus et les dérives de la monarchie absolue, ses dépenses inconsidérées et ses frasques n’étaient plus supportables par les peuples de France, écrasés de taxes et d‘impôts, étranglés par l’administration royale, dans le contexte profondément inégalitaire des trois Ordres. A quoi s’ajoutèrent la quasi banqueroute de l’état monarchique et des famines dues à de mauvaises récoltes.
Hélas ! Une légitime révolte populaire, menée par la petite bourgeoisie commença par un massacre, pour « libérer » une antique prison quasi vide, la sanglante prise de la Bastille le 14 juillet 1789, dont la IIIe république fit la fête nationale, un choix qui oblige quand même à se poser des questions sur la légitimité d’un pouvoir qui choisit d’honorer un massacre que rien ne justifiait.
Ce coup d’éclat fut suivi de la désastreuse « Nuit du 4 août » au cours de laquelle les représentants des peuples de France, au motif de les délivrer de privilèges nobiliaires et ecclésiastiques qui les asservissaient, les conduisirent à un nouvel asservissement en éliminant les libertés et franchises provinciales scandaleusement considérées comme des « privilèges ». Pourtant les cahiers de doléances, en particulier en Bretagne avaient été très clairs, les peuples de France souhaitaient plus d’autonomie provinciale et voulaient garder leurs libertés, leur seule protection contre l’absolutisme royal et en les perdant, rien ne les protégerait plus contre l’absolutisme centralisateur. Du passé il était fait table rase, le totalitarisme étatique avait le champ libre et il n’allait pas tarder à se manifester, malgré la proclamation de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, inspirée de celle de l’état de Virginie de juin 1776, qui fut bien vite foulée aux pieds par les nouveaux maitres du pays. Ce qui amène d’ailleurs à se poser bien des questions sur une déclaration qui invoque des droits sans évoquer les devoirs correspondants. Puis, pour effacer jusqu’au « souvenir des provinces et de leurs solidarités », selon les mots de Barère de Vieuzac, ce fut le découpage départemental, les provinces furent divisées en département, dotés de noms souvent fantaisistes, par les décrets de janvier et février 1790, en dépit de protestations nombreuses, en particulier en Bretagne.
Par ailleurs les Parlements, qui ne furent supprimés qu’en septembre 1790, ne furent pas consultés non plus que les Etats de Bretagne, comme l’imposait pourtant les édits de 1532, ce qui rendait ces décrets nuls et non avenus en Bretagne. Le nouvel état assurait ainsi son pouvoir par un coup de force, l’annexion totale des ex provinces, départementalisées par le pouvoir parisien.
Mais ce n’était que le début d’une longue série d’abus de pouvoirs et de crimes qui marqueraient à jamais ce nouveau régime. En août 1792, ce fut d’abord l’horrible massacre des Gardes Suisses aux Tuileries par la populace parisienne, suivi par les « massacres de septembre » qui firent plus de 1200 victimes assassinées dans un déferlement d’horreurs. La république qui allait naitre quelques semaines plus tard était ainsi baptisée dans le sang. Faut-il ajouter que ces abominations parisiennes devaient conduire pendant plus d’un siècle au rejet de la « capitale » par les peuples de France.
Un autre évènement marquant fut la non-bataille de Valmy le 20 septembre, qui fit oublier leurs crimes aux Parisiens et conduisit à l’abolition de la royauté et, sans qu’elle soit proclamée, à l’instauration de la république. Le pouvoir était entre les mains de la Convention Nationale qui venait d’être élue à la suite d’un scrutin marqué par d’innombrables irrégularités et ne rassemblant que 10% des électeurs, c’est ce pouvoir qui, pour la première fois à l’époque moderne avec la loi des suspects, du 17 septembre 1793, allait instituer le gouvernement par la terreur pour asservir les peuples, ce sera le modèle indépassable de tous les totalitarismes du XXe siècle.
En fait, ce régime criminel qui venait de déclarer sa république « une et indivisible » devait diviser la France par ses atrocités, car des défenseurs de la liberté se levèrent dans tout le pays, en Anjou, en Bretagne, dans le Languedoc, dans le Lyonnais, dans le Poitou, en Provence et la chouannerie bretonne devait même durer jusqu’en 1815, ne cessant qu’après la défaite de Waterloo.
Avec du recul l’horreur qu’inspira la Convention et son chef Maximilien Marie Isidore de Robespierre est compréhensible, car de la création d’un haras humain aux portes de Paris, aux tannerie de peaux humaines aux Ponts de Cé, de la tuerie de masse des fédéralistes lyonnais, aux massacres de l’Ouest que certains ont qualifié de génocide, la Convention Nationale devait se vautrer dans l’horreur jusqu’à sa dissolution en octobre 1795, précédée par l’arrestation et l’exécution de Robespierre et de ses séides le 28 juillet 1794, après la révolte du 9 thermidor.
Le règne sanglant de « l’incorruptible » avait été marqué par l’exécution du roi Louis XVI le 21 janvier 1793 qui, non seulement entraina la révolte des populations de l’Ouest, en particulier dans le Maine et en Bretagne où naquit la Chouannerie, mais aussi la fin du Domaine Royal, qui regroupait l’ensemble des terres, des biens et des droits relevant uniquement du pouvoir du roi au sein du royaume.
Ce domaine comprenait d’anciennes principautés rattachées au Domaine par mariage, comme la Bretagne ou par traité comme le Roussillon. La royauté étant abolie et le roi étant mort ces principautés se trouvaient libérées du joug parisien. Bien entendu, les conventionnels ne tinrent aucun compte de ce qui était exigé par le droit international si bien que dans ce pays beaucoup de fractures régionales, encore perceptibles aujourd’hui, remontent à ce coup de force.
Débarrassés de Robespierre et des « Enragés », les Thermidoriens remplacèrent la Constitution de l’An I par celle de l’An III et le Directoire ainsi institué, devait se signaler par un degré de corruption inimaginable en faisant fi des lois qu’il avait lui-même édictées. Ce qui conduisit au coup d’état du 18 brumaire, 9 novembre 1799, un coup d’état que l’on peut qualifier de militaire dont résulta la constitution de l’An VIII. Ce Consulat reconnu lui même qu’il mettait en œuvre une dictature dite « de salut public ». Le premier consul, l’homme fort du pouvoir était le général Buonaparte, qui avait mené la désastreuse campagne d’Egypte de 1798/1799, dont les mains étaient souillées du sang des Toulonnais exécutés par centaines après la prise de Toulon dont il fut le héros en 1793 et qui se déshonora en massacrant à la mitraille plus de 300 insurgés sur les marches de l’église Saint Roch, en octobre 1795.
Mais Buonaparte voulait un pouvoir absolu et l’empire héréditaire fut proclamé le 18 mai 1804, ce fut la constitution de l’An XII, approuvée par plébiscite. Ainsi pour succéder à la monarchie absolue, les peuples de France qui, majoritairement souhaitaient une république fédérale et démocratique se virent imposer la terreur des conventionnels, la corruption du Directoire, la dictature du Consulat et enfin la toute puissance impériale. Les droits de l’homme et du citoyen pourtant proclamés ne furent jamais appliqués dans ce pays. A suivre ....
Jean Cévaër