Histoires salées en pays guérandais (Tome 1)

Histoires salées en pays guérandais (Tome 1) Benoit Bonnaffé (Editions Groupe Axcom – 80 p.)
L’auteur s’est inspiré des voyages d’écrivains célèbres dans le Pays Guérandais pour évoquer, la géographie, l’histoire, la sociologie et la culture de ce pays breton, encore exotique au début du XIXème siècle et même encore dans ses dernières décennies.
Dans ce premier volume notre guide est Honoré de Balzac. Et Benoit Bonnaffé cite deux de ses œuvres, le texte complet d’une nouvelle peu connue, « Un drame au bord de la mer » et l’introduction d’un roman célèbre en son temps, « Béatrix ».
A cela s’ajoutent un remarquable résumé biographique de la vie et de l’œuvre de Balzac et le discours prononcé par Victor Hugo lors de ses funérailles. L’ouvrage est par ailleurs éclairé pas une remarquable iconographie et des aquarelles de l’auteur.
Ce qui est frappant c’est, à cette époque, le contraste marqué entre la « vie parisienne » et l’étrangeté de la vie des habitants de ce pays, considéré comme situé au « bout du Monde » par les habitants de la ville capitale. Et, sans nul doute le dépaysement est total, s’agissant en particulier des hommes et des femmes acteurs des métiers locaux, pêcheurs, paludiers, commerçants et de leur mode de vie.
Mais le mode de vie de l’ancienne noblesse locale est lui aussi totalement étranger à celui de la grande noblesse résidant dans les « beaux quartiers » parisiens.
Il faut en tirer deux conclusions: D’abord la Loire Inférieure et le Pays Guérandais, en ce début du XIXème siècle, étaient encore authentiquement bretons y compris par la langue parlée de Guérande au Croisic et au Bourg de Batz. Ensuite, ce territoire comme le reste de la Bretagne d’ailleurs était encore loin d’avoir été « francisé » et ses mœurs avaient peu évolué depuis des générations, même si les horreurs de la « grande révolution » avaient cruellement affecté ce peuple tellement attaché à sa patrie bretonne. Et c’est là que l’on peut observer, en lisant entre les lignes, le gouffre qui existe entre l’écrivain, si typiquement français, Balzac et ce peuple qu’il tente de comprendre et qui est resté profondément breton.
Dans son œuvre immense Balzac a eu l’occasion de peindre beaucoup de ces fractures, faut-il écrire « régionales », aggravées par le centralisme, politique, économique et culturel parisien. Mais Balzac a-t-il vraiment compris que ce sont ces fractures historiques et socioculturelles qui, depuis les origines de l’état-nation le rendent ingouvernable, avec ses peuples si prompts aux révoltes, aux émeutes, aux guerres civiles et même aux révolutions. Car, nier l’histoire ou la réécrire n’a jamais conduit à la pacification des cœurs.
Le tome 2 de cette étude évoquera le séjour d’Emile Zola, à Piriac dans la Presqu’île Guérandaise et le roman que ce séjour inspira à ce grand écrivain, « Les coquillages de monsieur Chabre ».
Jean Cévaër